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Ingo Kolboom, «Que le Québec ne devienne pas orphelin de ceux qui l'aiment», 27 février 2018.



Que le Québec ne devienne pas orphelin de ceux qui l’aiment
Un appel de Ingo Kolboom pour sauver l’AIÉQ

Ce fut une mauvaise nouvelle pour nous autres, amis étrangers du Québec et du Canada bilingue. Quelle décision de mettre l'Association internationale des études québécoises (AIÉQ) sous le couperet d'une réduction de 40% de sa subvention du ministère des relations internationales et de la Francophonie, une coupure exigée par le Conseil du trésor, qui, de surcroît, semble penser que l'AIÉQ devra pouvoir s'autofinancer complètement d'ici 2021 !

Une mesure pareille se révèle être un abandon de tous ceux et celles qui, dans le monde entier, se consacrent à la tache de diffuser la francophonie canadienne dont le cœur battant est le Québec. Il n’y a pas seulement le « rayonnement du Québec » qui est en cause, pire : c’est l’intérêt d’une communauté internationale envers le Québec qui est en jeu.
  
Nous sommes un réseau international de quelque mille hommes et femmes dans plus 80 pays, qui se spécialisent sur le Québec, le diffusent dans l’enseignement supérieur et secondaire ou dans d’autres institutions  – sans être payé pour un tel engagement, sans que les études canadiennes et québécoises ne soient obligatoirement intégrées dans nos chaires d’histoires, de sciences po, de sociologie ou de philologie française,  sans que le Québec ne figure forcément dans nos programmes scolaires… Et, qui plus est, beaucoup d’entre nous sont des membres cotisants de l’AIÉQ.


Comment cela ? En effet, si nous appliquons ces études canadiennes-françaises et québécoises et leur diffusion, c’est parce que nous voulons le faire, c’est parce que nous le faisons volontairement et en supplément de nos activités normales. Parce que le Québec est un pays ! Un pays dont la préciosité historique, culturelle et linguistique vaut la peine d’être diffusée parmi tous ceux qui s’intéressent aux Amériques et à la langue française comme langue internationale. Et l’AIÉQ, intellectuellement alimentée par notre réseau international de « québécistes » et « canadianistes », est notre seul forum d’information, seule bourse d’échange, seule structure d’accueil fiable et durable.
  
Bref, le Québec dispose de quelque mille petits ambassadeurs et médiateurs dans le monde entier qui ne figurent ni sur le payroll du Québec ni sur celui de leurs pays respectif. Et qui sont les jardiniers d’une pépinière de futurs amis du Québec et du Canada bilingue à l’échelle mondiale. Quel autre pays dans le monde peut se targuer d’une telle armée de volontaires ? Prenez les salaires symboliques de ces milliers de médiateurs et comparez-les aux frais de fonctionnement physique et virtuel de l’AIÉQ ! Qu'est-ce que c’est que ce pays qui mérite un tel engagement, tant d’empathie ?
  
N’est-ce pas un peu paradoxal de solliciter les autorités québécoises de prendre au sérieux ceux qui prennent au sérieux le Québec ? Finalement, le fait de nous mettre dans une telle situation de solliciteurs, n’est-il pas contraire à l’esprit qui nous unit ? Le Québec est-il géré comme une société anonyme ou comme un pays ? C’est le pays que nous aimons. Et nous avons la fierté de celui qui aime.

Je fais appel aux autorités québécoises pour que le Québec ne devienne pas orphelin de ceux qui l’aiment. 
  


Ingo Kolboom, Historien et civilisationniste, Professeur émérite de l’Université de Dresde (Allemagne), Ancien président de l’AIÉQ, Ancien membre du Haut Conseil culturel franco-allemand, Ordre des Francophones d’Amériques, Ordre national du Québec, Ordre national du Mérite (France), Ordre des Palmes académiques (France), Croix d'officier de la République fédérale d’Allemagne.

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