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Témoignage d'Anne Trépanier, professeure à Carleton University


Rome, le 12 janvier 2018

Pourquoi l’AIEQ?

L’Association internationale d’études québécoises est plus qu’une association; c’est une communauté, c’est un foyer dans le sens de Heimat; c’est une source à laquelle des étudiants, des professeurs, des Québécois à l’étranger peuvent s’abreuver, c’est aussi une carte de visite extraordinaire pour collaborer à toutes sortes d’événements dans le monde : des semaines de la Francophonie, des festivals de films et de littérature, des Biennales d’art, des colloques étudiants, des symposiums.

Quand je pense à l’AIEQ, je pense d’abord au réseau d’êtres humains formidables et généreux qui ont à cœur le rayonnement du Québec. Je pense à des ambassadeurs humbles et chaleureux, intelligents, qui cherchent à mettre des gens en relation. Ce doit être le gabarit d’origine des relations internationales!

En vrac, quelques souvenirs et des expériences récentes remontent le fil de la mémoire et s’imposent.
Cette année, ce fera 20 ans que j’ai prononcé ma première communication, au colloque du programme d’études sur le Québec « La jeunesse québécoise face aux défis du XXième siècle » à McGill!

Depuis que je suis étudiante, j’ai bénéficié de l’existence de l’AIEQ et de son réseau.
Dans les années 1990, je m’étais liée d’amitié avec un jeune allemand à l’université Laval; il écrivait son mémoire de maîtrise sur l’idée de nation dans une fédération, en comparant le Québec et la Bavière. Une décennie plus tard, Manuel Feifel m’invitait à présenter mon premier livre dans un séminaire à Passau, en Bavière. Plus tard, c’est à Saarbruck que j’irais donner des séances de cours chez mon collègue en médiation culturelle, Christoph Vatter, lui aussi venu au Québec dans les années 1990. Ses étudiants trilingues connaissent très bien le Québec et y séjournent presque à chaque année grâce à une bourse de l’union européenne. En 2002, j’ai eu la chance d’aller à Moscou avec mes professeurs de russe à l’université Laval, les Sadetsky. Un colloque de littérature nordique avait lieu en marge de l’ouverture du centre Québec-Moscou où plusieurs de mes amis ont fait des stages par la suite. J’y ai rencontré des étudiants russes passionnés par Anne Hébert, le grand Henri Dorion et le géographe-poète Luc Bureau, j’y ai retrouvé mon amie la journaliste Laura-Julie Perrault, qui m’a fait rencontrer le premier ministre du Québec Bernard Landry et même Jean Chrétien, le premier ministre du Canada. Cela a fait une grande impression chez l’étudiante que j’étais. Quelques mois plus tard, je retrouvais un collègue de l’EHESS à Mobile, Alabama. J’y ai été accueillie par Robert Laliberté et François Rocher. Nous avons eu la chance d’avoir un petit déjeuner causerie sur «la paix des Braves» avec ses principaux acteurs.

En tant que professeur, j’ai eu la chance d’accompagner trois de mes étudiants à un colloque d’études québécoises à Tampa Bay en 2013. Pour chacun, ce fut l’occasion d’exercer sa voix académique et de faire des rencontres déterminantes.

Avec mon collègue Richard Nimijean, j’ai organisé un grand colloque international sur la place du Québec dans les études canadiennes à l’université Carleton à Ottawa en marge de la rencontre annuelle du conseil d’administration. Ce fut l’occasion de réfléchir aux thèmes qui traversent les études québécoises, sur la langue de publication et sur les problématiques qui occupent les professeurs d’études québécoises à travers le monde. C’est lors de cet événement que j’ai développé des liens avec Prof. Lusebrink et Prof. Giaufret. Avec mon collègue Richard Nimijean, nous avons édité un numéro spécial International Journal of Canadian Studies (vol. 50, 2015) pour faire rayonner ces idées partagées.

Mes étudiants ontariens ont été ravis d’être accueillis par Robert Laliberté et Francesca Bourgault dans les bureaux de l’AIEQ à Place Royale pour discuter de relations internationales et de problématiques qui leur tenaient à cœur. En effet, trois fois, au cours du mois de mai, j’ai accompagné des étudiants en études autochtones et canadienne dans la ville de Québec pour 12 jours. Cette rencontre à l’AIEQ était toujours un moment de rencontre franche et amicale et un véritable pivot dans le séjour. L’accueil chaleureux, les sandwiches, les récits de voyage…. Et les nombreuses pistes de recherche proposées par Robert furent toujours suivies d’une rencontre intéressante et fructueuse au secrétariat des affaires intergouvernementale du Québec et d’une longue séance de discussion!
Pendant mon séjour actuel en Europe, et grâce à l’AIEQ, j’ai pu participer à un colloque sur l’enseignement interculturel à Saarbruck, organisé par Sophie Dubois. Grâce au réseau de contacts de l’AIEQ, j’ai été invitée à donner des cours, chaque fois une conférence de plus de deux heures, à des étudiants très motivés – à Gênes, à Bologne, à  Sienne et à Naples. J’ai aussi participé à l’activité académique de la semaine de la francophonie à Rome en 2017. J’ai rencontré en Calabre deux étudiantes «spécialistes» de la Commission Bouchard-Taylor – j’aurais tant aimé leur parler d’une bourse de séjour; discuter de co-tutelle… J’ai aussi participé à l’animation du colloque des jeunes chercheurs européens en études québécoises qui ont toute mon admiration de continuer à étudier le Québec en ces temps difficiles – par exemple, les films québécois sont rarement disponibles dans les médiathèques françaises; les banques de données considèrent encore les limites de diffusion des zones géographiques, il est ainsi impossible de voir le film Kamouraska en Europe. Heureusement, Madame Caroline Maillou de la Délégation du Québec à Paris en a pris bonne note, et devait prendre des mesures pour faciliter le prêt de films québécois aux centres d’études québécoises.

Mon témoignage se veut un plaidoyer en faveur de l’accompagnement des étudiants étrangers qui s’intéressent au Québec, en faveur des ambassadeurs du Québec à l’étranger, y compris en Ontario!

Merci de continuer à soutenir l’AIEQ, de favoriser le développement de relations internationales à petite échelle et ainsi, à faire rayonner la recherche sur le Québec au Canada et à l’étranger
Si je peux faire quelque chose de concret pour aider à sauver les programmes de l'AIEQ, n'hésitez pas de faire appel à moi.

Anne Trépanier

Dr. Anne Trépanier, Associate Professor
School of Indigenous and Canadian Studies Carleton University, Canada

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